LE ROI NOIR BOUGE
Lorsqu’Amos avait intégré la pierre de puissance de l’eau, tout son corps s’était liquéfié sur le sol de la tour d’observation du château. Sur l’ordre de Frilla, une servante était montée nettoyer le plancher. À l’aide d’une serpillière, elle avait récupéré l’eau dans un seau, puis s’en était débarrassée en la déversant dans la rue. Amos, sous sa forme aqueuse, avait alors glissé jusqu’à une canalisation pour rejoindre ensuite un ruisseau, puis se fondre dans une petite rivière.
Tout le long de son voyage, le garçon eut l’impression qu’il avait quitté son enveloppe corporelle pour être un élément de la nature. Cette expérience lui fit comprendre les extraordinaires propriétés de l’eau, notamment son omniprésence et sa versatilité. Amos sentit en lui la capacité d’en faire de la glace ou de contrôler ses vapeurs. Il intégra la puissance de l’eau qui ne se laisse jamais arrêter par les obstacles et qui, tout comme la pensée humaine, doit être libre et sans attache pour avancer. Touché par le caractère authentique de cet élément, le porteur de masques s’émerveilla de découvrir tout le potentiel magique qui était maintenant en lui.
« Quel magnifique voyage ! se dit-il en reprenant sa forme humaine. Je me sens purifié aussi bien dans mon corps que dans mon esprit et j’ai l’impression d’avoir dormi pendant des semaines. »
Amos était au bord d’une rivière. Il se leva, s’étira puis essaya de s’orienter. Heureusement, il se rappelait en détail ce que lui était arrivé et s’en voulait un peu de n’avoir pu l’expliquer à sa mère. Cependant, il sourit en pensant à la servante qui l’avait essuyé, tordu et finalement balancé dans la rue.
« Si elle avait su, songea-t-il, elle aurait sûrement agi autrement. »
Le garçon avait un peu perdu la notion du temps et se demanda depuis combien de temps il avait quitté Berrion.
« J’espère qu’il n’est rien arrivé de fâcheux durant mon absence… Mais où suis-je donc maintenant ? »
En voyant la forêt étrangère autour de lui, Amos en déduisit qu’il avait été emporté à plusieurs dizaines de lieues de Berrion. La végétation ne lui disait rien du tout, les forêts autour de Berrion étant composées d’une plus grande diversité de feuillus et de moins de conifères.
« La meilleure solution est de remonter la rivière… J’arriverai ainsi à mon point de départ ! Je me demande comment Béorf, Lolya et Médousa se tirent d’affaire… J’espère que tout se passe bien pour eux…»
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